La piste Congo Nil… Le nom à lui seul suffit pour enflammer l’imaginaire. A l’entendre, le touriste se projette immédiatement, machette en main, sur un sentier ocre s’entortillant au travers de lourds fourrés d’où des yeux fauves fixent l’audacieux qui s’avance. 

            Pourtant, la piste ne borde pas le Congo puisque le lac Kivu l’en sépare et l’on n’y aperçoit pas le Nil non plus. Mais le massif qu’elle suit démarque les eaux des deux bassins versants des fleuves Congo et du Nil Blanc.

            La piste Congo Nil, c’est en fait 227 kilomètre de chemin qui cours du nord au sud du lac Kivu, côté rwandais. On y enfile sans interruption montées et descentes, oscillant entre 1500 et 2000 mètres d’altitude. Elle offre un terrain de prédilection pour le VTT et c’est juché sur ces montures d’aluminium que nous partîmes à quatre avaler la première centaine de kilomètre du parcours, de Gisenyi à Kibuye. Le départ s’effectue sous le regard bienveillant des cinq volcans dont les sommets à quatre mille mètres d’altitude s’échappent dans d’éternels nuages blancs. 

            Alors non, ce n’est pas la brousse, mais cette piste résume à elle seule la moutonnante beauté du Rwanda. Du vert, des reliefs, une succession de plantations et de villages perdus entre les terrasses des collines et dont les pentes dévalent sur le rives du lac. De l’autre côté, par de là la brume, les péninsules et les îles, le Congo, à la fois proche et inaccessible. 

            Je confesse une tendance à mouliner rageusement sur mon vélo, soufflant d’une pente à l’autre, descendant entre les rigoles et les cailloux les yeux rivés sur le chemin, sans guère songer à lever la tête et profiter du paysage. Mais à quatre, il faut bien s’attendre en haut ou en bas d’un col et l’on en vient, sur cette piste interminable, à se laisser interpeller par les hommes, les bêtes, les bois, les marais et les cascades qui la peuplent. Sans tous ses enfants qui courent près de vous en répétant inlassablement les mêmes phrases apprises en classe, sans ces biquettes aux regards mâchonnant, sans l’odeur des auges à porcs, sans ces femmes aux robes cirés multicolores qui assoient sur leur crâne ces énormes ballots de bois, de bananes ou d’avocats, cette piste ne seraient pas la même. Toute cette faune essuie nos quelques mots de kinyarwanda avec des rires amusés. On nous corrige, nous répétons. Les rires reprennent de plus belle. Ces rencontres apportent leurs lots de petits bonheurs, de surprises et d’agacements.

            C’est la vie qui défile entre une ornière boueuse et des eucalyptus fraîchement plantés dont l’ombre d’argent recouvre les collines. Des gamins nous dépassent dans la descente sur des trottinettes en bois brinquebalantes, on surprend une demande un mariage au détour d’une clairière, une main baladeuse et alcoolisée glisse sur le cuissard des filles puis, c’est tout un village qui nous aide à traverser une rivière dont les pluies diluviennes ont gonflé le cours et emporté le pont qui gît une dizaine de mètres plus bas. Disséminés sur le lac, des pêcheurs achèvent leur journée de travail sur de majestueuses triple pirogues assemblées par des arches de bois, les filets chargés de Sambasa, des petits poissons dont le fumet flotte dans l’air à toute heure de la journée. 

            La piste Congo Nil est facile à décrire. C’est un gros bout de Rwanda, dans son jus, bien épicé. On a tôt fait de crouler sous les images. Mais elle se vit d’abord et tous nos mots sont vains tant qu’on n’a pas éprouvé les mille sollicitations qu’elle exige de nos sens. 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :