Le Rwanda est un paradis caché pour motard, que ce soit à l’assaut de ses pistes ou de ses longs virages bitumés. Le pays offre un incroyable réseau de sentiers pour tous les niveaux.

S’il est une tendance touristique que la crise du Covid a accentué, c’est bien ce fameux besoin « d’expériences authentiques » que nous remâche les journaux à longueur d’éditos. Au Rwanda, pour qui veut retrouver le goût des choses à la fois simples et essentielles, ses mille collines sont toutes désignées. Après tout, elles pourraient bien être son patrimoine le plus évident.

Quel meilleur moyen de les explorer sinon au guidon d’une véritable machine d’enduro, recouverte d’harmonieux graphiques rouges, jaunes et verts ? Rendez-vous est donné avec Flavio Bonaiuti, un Italo-Éthiopien qui organise des tours sur les pistes d’Afrique de l’Est depuis quinze ans. En 2019, Africa Riding Adventures Tours a ouvert son bureau de Kigali et c’est désormais une douzaine de motos qui sommeille dans un garage de la capitale.

En temps normal, Flavio organise des tours d’une à deux semaines, voire plus si ses clients décident de s’aventurer autour du lac Victoria ou jusqu’au Malawi. Covid oblige, il se contente désormais de sorties d’une journée avec des locaux.

Un partenariat avec SWM

Africa Riding Adventures a développé un partenariat avec SWM, une marque italienne rachetée en 2014 par des investisseurs Chinois mais dont les motos sont toujours fabriquées dans l’ancienne usine lombarde. Son parc se compose à moitié de 500 et de 650. Gourmand, je choisis la 500, plus légère, plus maniable mais à la réponse de gaz plus agressive. Mais Flavio a rendu ses machines plus dociles en raccourcissant le rapport de transmission tout en reprogrammant la cartographie moteur.

Pour la journée, ce quadragénaire discret et souriant, un bandana toujours vissé sur la tête, me propose un itinéraire à travers les six collines qui enserrent Kigali. Disons le tout de suite : je suis un motard débutant. Je n’ai mon permis que depuis un an et mon expérience du tout-terrain ne se résume qu’à quelques ballades sur ma Honda XR 125 L. Mais mon guide se veut rassurant : « ici, que ce soit de la piste, du single, du rocher, de la boue ou des passages de gué, il y en a pour tous les niveaux. »

Débuts rocailleux

On s’élance le matin dans un fond de vallée brumeux, le long d’un marécage recouvert de papyrus. Les habitants se mobilisent pour colmater les nombreuses zones de boue et nous slalomons prudemment entre les coups de pioche et les pelletées de gravier.

La caractère de la moto se révèle tout de suite généreux. La puissance est là, constante et le mono ne demande qu’à beugler. Étriers de frein Brembo, suspensions KYM, embrayage hydraulique, la SWM n’est pas avare en équipement haut de gamme. Même la selle se montre plus confortable que la basique planche à pain d’une KTM.

Nous bifurquons brusquement sur un raidillon qui attaque le flanc droite de la vallée, vers  le bien nommé mont Kigali. Il nous faut franchir une série de marches pas trop abruptes, et la moto passe en première sans souci. Je cale une ou deux fois avant de me familiariser avec l’embrayage. Nous sommes à mi-chemin de la colline. La suite est un dédale de single tracks entre broussailles  et habitations isolées. Nous croisons quelques chèvres et chiens qui détalent au son de nos double pots d’échappement. Comme toujours, les gamins nous demandent de lever la roue avant. Sur un single track… Nous continuons de monter jusqu’à une petite forêt de conifères qui offre une ombre bienvenue. Encore un passage un peu pierreux où je me prends ma première (petite) gamelle de la journée et nous sommes au sommet.

Et au milieu coule une rivière

Direction ensuite notre prochain colline en passant par la vallée du Nyabarongo, plus grande rivière du Rwanda et un des principaux affluents du Nil. Nous empruntons de longs lacets pour la descente, avant de rejoindre le bitume par une piste boueuse. Quelques glissades plus loin, nous attaquons une nouvelle piste en lacet, cette fois recouverte de gravillons. Parfait pour pratiquer ses dérapages ! La 500 gueule, l’arrière se dandine, les enfants lèvent les bras,  j’ai le sentiment d’être en tête d’une course endiablée. Je ne suis donc pas étonné lorsque j’apprends que cette piste est une classique des rallyes organisés au Rwanda.

Au sommet, la vue sur la vallée est imprenable. Je pourrais rester des heures à contempler le Nyabarongo serpenter entre le flanc des collines. Nous dénichons un charmant hôtel où des singes vervets courent des branches aux toits. L’un d’entre atterrit sur la table d’un couple qui se lève en hurlant.

Composition rwandaise

L’après-midi se poursuit entre les collines moutonnantes du Rwanda : l’horizon se perd dans un dégradé du vert au bleu. Nous passons par des briqueteries, des carrières, des entrelacs de sentiers, des ponts suspendus, des gouttières formidables où je sèche complètement. Flavio me prend gentiment le guidon des mains et fait décoller la moto au-dessus de l’obstacle. Malheureusement j’étais trop épuisé pour avoir eu la présence d’esprit d’immortaliser la scène.

Notre journée s’achève avec la venue d’un orage qui vient menacer le mont Jali, notre dernière colline du parcours. Alors que nous filons au plus vite pour regagner la sécurité du tarmac, j’aperçois une trentaine de fidèles agenouillés en ce Vendredi saint autour de la croix de Notre-Dame du mont Jali. Je n’oublierai jamais cette image. Le vent tord les arbres, des tourbillons de sable fouettent le promontoire, les nuages noirs chapotent l’immense croix blanche. En fond, les milliers toits de Kigali enchâssés comme les facettes d’un diamant entre le profil des collines. Les fidèles, eux, restent agenouillés.

Nous regagnons enfin la ville en louvoyant entre les camions et les premières gouttes d’eau. Parvenus au garage de Flavio, son énorme chien Rody nous saute au cou.  Nous faisons le bilan de cette journée tout en aspergeant les motos.

Les collines du Rwanda sont infinis. A pied, en vélo, en moto, pour la ballade ou pour le défi, chacun y trouve son compte. Un expérience authentique ? Peu importe. J’aime me gorger de ses collines émeraudes. J’y trouve un bonheur simple, celui de cette invariable composition : la latérite des chemins, le cri des enfants, le noble salut des vieillards, les bicoques d’argile et de tôle, le bétail qui broute à flanc de colline et les pentes d’eucalyptus. Certes, la pauvreté est bien présente. Des gens vivent ici. On ne s’y promène pas comme dans une réserve naturelle. Mais cette pauvreté ne peut en aucun cas abolir la réelle harmonie qui baigne ces collines. Ce n’est pas en restant dans les cafés de Kigali ou en se contentant des trois parcs nationaux qu’on peut la ressentir.  Alors, en selle !

Vidéo bonus

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